Marie-Françoise Bechtel, Députée de la 4e circonscription de l'Aisne
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Positions

Voeux

Jeudi 18 Janvier 2018



Que nous souhaiter, que souhaiter à la France en ce début 2018 ?

De ne pas oublier le monde, sinon le monde nous rattrapera. Il ne sert à rien de fermer les yeux et les oreilles, de fermer les écoutilles. Avec internet et les réseaux sociaux, le monde nous envahit de partout, pour le meilleur et pour le pire, pour le stimulant comme pour le médiocre, pour la crainte comme pour l’espoir. Le repli sur soi  est un mauvais réflexe, tout simplement parce qu’il est trop tard. Lorsque nous aurons su répondre aux dérives multiples du tout numérique, nous nous sentirons mieux dans un monde plus sain. Ces dérives sont certes de toute sorte, mais c’est bien pour cela qu’il ne suffit pas d’ouvrir les yeux, il ne faut pas baisser les bras:
  • A l’école, intégrer un enseignement aux médias et non seulement par les médias : apprendre aux enfants le risque de la fausse information, les éduquer contre les dérives : multiplication de l’effet harcèlement par l’usage des réseaux sociaux, risques liés aux contenus sectaires ou terroristes d’autant plus dangereux qu’ils sont insidieux. Et aussi montrer qu’internet est un remarquable outil d’apprentissage et de recherche… si on sait ce que c’est qu’apprendre et chercher : vérifier la qualité d’une information en la croisant, apprendre la notion de source d’information, savoir distinguer ce qui relève de la science avérée et contrôlée et ce qui relève de l’opinion. C’est peut-être le paradoxe d’internet que jamais le maître n’aura été plus indispensable.

  • Dans notre société tout entière, paradoxe là aussi : jamais la volonté politique n’aura été plus nécessaire pour prendre enfin les mesures nécessaires afin que les géants du numérique, les désormais célèbres GAFA, assument y compris judiciairement la responsabilité des contenus diffusés. On sait qu’aujourd’hui ce contrôle se heurte au système judiciaire américain peu enclin à sanctionner les déviations fut-ce les plus monstrueuses au nom de la liberté d’expression... et de la puissance des groupes en cause. Une Europe digne d’elle-même devrait mettre en place une négociation ferme sur ces questions. La Commission de Bruxelles a un peu avancé sur la question fiscale, il faut maintenant passer à la vitesse supérieure et donner à l’UE les moyens de négocier avec les Etats-Unis.
 
  • Dans notre recherche, lancer des programmes ambitieux en matière de numérique c’est-à-dire penser à notre indépendance demain et ne pas nous en tenir à une floraison de start-up dont l’utilité ne doit pas masquer les enjeux plus globaux.
Le numérique aujourd’hui reflète l’état de la mondialisation : sous l’égalité de parole offerte par les réseaux sociaux, la puissance de quelques géants économiques n’a jamais été aussi grande. Chacun en tirera la leçon qu’il veut. Pour ma part, je pense que jamais la mondialisation n’aura rendu plus nécessaire l’existence d’Etats capables de mettre en action la volonté générale. Des Etats souverains, si l’on ne veut pas réduire les peuples à un amas d’individus connectés qui auront tout oublié du lien collectif. Des Etats coopérant entre eux, comme ce devrait être le cas en Europe - il y a beaucoup à faire en la matière… Mais là encore, ne baissons pas les bras.
 
Ne baissons pas les bras. Tel est le vœu que je forme pour nous, Français. Et puisque cette année marquera l’anniversaire de Mai 68, je ne dirai pas comme alors : « cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ». Pour 2018, il s’agirait plutôt de rattraper le nouveau monde, qui est allé plus vite que nous ne le croyions. Courons peut-être, mais réfléchissons aussi.