Marie-Françoise Bechtel, Députée de la 4e circonscription de l'Aisne
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Législatives 2017

Le Figaro : Les énarques reviendraient-ils à la mode ?

Vendredi 19 Mai 2017


Tribune publiée dans le Figaro du 19/05/2017


En portant à la tête de l’Etat un jeune et brillant inspecteur des finances, les Français n’ont pas semblé bouder les élites issues de l’ENA si décriées –parfois non sans raison- au cours de la campagne. Phénomène renforcé par le choix, cette fois par le Président, d’un Premier ministre issu du Conseil d’Etat.

Serions-nous à la fin d’un cycle qui a vu le rejet des énarques ? Le rejet des énarques, devenu depuis plus de vingt ans une tradition, était fondé sur deux sentiments contradictoires : pour les uns, ils étaient l’emblème de la reproduction d’un système trop éloigné du peuple ; pour les autres, reproche très différent, les énarques étaient l’image du « trop d’Etat » critiqué par les élites libéralisées (patronat, presse économique).

Ce double rejet met surtout en lumière le problème de la place de l’Etat dans notre pays. Un Etat dont la place a été tellement décriée que nous arrivons aujourd’hui à un défaut de prise de décision politique dans des domaines cruciaux : absence de grands arbitrages en matière économique, dans l’aménagement du territoire et parfois face aux baronnies locales, éloignement des services publics cruellement ressenti sur certains territoires et qui explique largement les votes de rejet de ce qu'on appelle communément système.

N'assisterait-on pas, tout simplement, à un effet de balancier, lié à la prise de conscience de ce besoin de verticalité qu’Emmanuel Macron a le mérite d’avoir pressenti ?

Sans doute les temps tourmentés que nous vivons et notamment l’inquiétude diffuse liée aux risques d’attentats, y sont-ils aussi pour quelque chose. On peut y voir également la résilience de la tradition culturelle française marquée par une confiance dans l’Etat colbertiste organisateur et protecteur.
 
Le Président de la République annonce un "système des dépouilles" inspiré des Etats-Unis, c'est-à-dire le remplacement de tous les directeurs d'administration centrale qui n'auraient pas la confiance du nouveau chef de l'Etat. Voilà qui aurait au moins le mérite de la clarté. En revanche, la politisation de la haute fonction publique qui en résultera n'est peut-être pas le meilleur garant de la tradition française fondée sur la continuité de l'intérêt général. 

"Système des dépouilles" ou pas, la haute fonction publique devrait mettre en valeur la réflexion sur les grands choix publics plutôt que la performance mécanique fondée sur des batteries d’indicateurs. La formation à l’ENA (formation pratique, qui a d’ailleurs beaucoup évolué dans le temps) que de leur formation de base des élèves, tout entière imprégnée du modèle véhiculé par Sciences-Po. Le basculement de ce modèle vers la mondialisation heureuse, théorisé par son charismatique directeur Richard Descoings au tournant des années 2000, a été dévastateur. Aujourd’hui la plus grande partie de la haute administration française est imprégnée de ce modèle renforcé par l’ordolibéralisme qui en est la traduction au sein de l’Union européenne. Le refus de toute critique vis-à-vis de cette dernière a mis notre classe politique tout entière dans un état d’engourdissement pour ne pas dire d’hébétude, une absence de sens critique parfois même de bon sens cartésien qui ne manquent pas d’inquiéter.

Pour renouer avec les aspirations d’un peuple en grande défiance vis-à-vis des décideurs, comment faire en sorte que les serviteurs de l’Etat appelés aux plus hautes responsabilités aient une claire conscience de ces enjeux ? La difficulté est réelle car je ne mésestime pas le fait que ces mêmes serviteurs de l’Etat doivent obéissance au gouvernement. Mais peut-être les gouvernants eux-mêmes pourraient-ils exiger que leur haute administration sachent prendre du recul, leur proposant des options plus variées qu’elles ne le font aujourd’hui, capable d’imaginer des changements concrets, de mettre sur la table des propositions de négociations, de modification des dispositions des traités qui nous nuisent. Le Président Macron saura-t-il le comprendre ? Sûrement. Mais le vouloir ?






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