Marie-Françoise Bechtel, Députée de la 4e circonscription de l'Aisne
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Dans les médias

LCP - "Europe : 60 ans après le traité de Rome"

Jeudi 23 Mars 2017


Je participais jeudi à l'émission "Ca vous regarde" de LCP présentée par Ahmed Tazir.


A propos de l’histoire de la construction européenne
 
Il y a plusieurs manières de raconter l’histoire européenne au-delà de celle, un peu lénifiante, présentée par Sylvie Goulard. Pour ma part, je ne sais pas si l’Europe a tant fait rêver. L’Europe c’était en fait quelque chose d’assez loin des peuples, on a essayé de « vendre » l’Europe comme étant à l’origine de la paix or moi je n’y crois pas du tout. C’est la paix, entre la France et l’Allemagne principalement, qui a permis l’Europe. Il  faut remettre les réalités à leur place.
 
L’Europe n’a, par exemple, pas su régler les conflits dans les Balkans, il a fallu l’intervention des forces américaines. Le « rêve européen » semble parti sur ces bases que l’on a essayé de vendre, les peuples n’ont à mon avis jamais beaucoup marché la dedans, je ne crois pas qu’ils aient beaucoup rêvé d’Europe.

J’entends dire depuis maintenant 20 ans qu’il faut « faire rêver les gens » sur l’Europe, qu’il faut « mieux expliquer » l’Europe, qu’il faut une Europe des projets. Je crois que l’Europe était en fait partie sur des mauvaises bases mais que c’est vraiment à partir de Maastricht puis de l’élargissement à 27 que les choses ont mal tourné.

Sur les relations entre le Royaume-Uni et l’Irlande
 
Je trouve ça un peu extravagant de dire qu’un Etat comme le Royaume-Uni, qui a une puissance, un orgueil national, un sentiment de sa propre qualité, des diplomates hors pair, a eu besoin de l’Union européenne pour faire la paix avec l’Irlande.

A propos du rapport qu’entretiennent les Français à l’Europe
 
Monsieur Juvin disait tout à l’heure qu’on incrimine l’Europe alors que ce sont les Etats qui veulent l’Europe, mais c’est fini tout cela. Tout cela est fini depuis 2005. Les Français ne disent plus que c’est « la méchante Europe contre nos relativement bons gouvernements », les Français ont compris depuis le traité d’austérité de 2012, négocié par Nicolas Sarkozy et malheureusement ratifié sous l’impulsion de François Hollande, que ce sont leurs gouvernants qui veulent les enfermer dans l’ordo libéralisme allemand qui bride notre économie et l’empêche de se développer. Les Français ont parfaitement compris cela, ils ont compris que leurs gouvernements font cause commune avec une Europe, qui est entièrement refermée sur l’ordre libéral.
 
Sur les institutions européennes
 
Dire que l’Union européenne est mal formée, mal constituée et qu’elle fonctionne mal ne signifie pas qu’il n’y pas d’association ni de coopération possible entre les Etats qui la composent. Il y a sur ce sujet une surdité extraordinaire, on nous dit que si on ne prend pas l’Union européenne comme elle est alors on est anti-européen ; mais moi je ne suis pas anti européenne.
 
Je pense qu’une coopération fondée sur les Etats-nations est un point important. Lorsque l’on parle d’organisation de l’Europe, il y a « un éléphant dans la pièce » comme disent les anglo-saxons, cet éléphant c’est la souveraineté populaire, c’est la démocratie. Vous ne pouvez pas fonctionner avec une Europe où vous avez une Commission qui a du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif, un Parlement qui ne représente pas de peuple européen, c’est la Cour de Karlsruhe qui l’a dit. Il n’y a pas de peuple européen et nous avons donc un Parlement hors-sol qui n’est pas un vrai parlement, une Cour de Justice que les citoyens eux-mêmes ne peuvent pas saisir sauf dans des cas très rares. Si vous prenez tout cela ensemble, vous n’avez pas les canons de la démocratie, vous n’avez pas les standards de la souveraineté populaire qui ont été inventé par les démocraties que nous devons respecter, la nôtre, celle des Etats-Unis, celle de la Grande-Bretagne.
 
Sur les propositions faites par les candidats à la présidentielle
 
L’ensemble des candidats manque d’ambitions pour l’Europe, il ne s’agit pas de détruire ou d’arranger les choses qui ne vont pas très bien. Tout cela est fini, les gens ont vu : le roi est nu.
 
Vouloir reconstruire l’Europe ce n’est pas dire qu’on va s’en aller dans son petit coin avec nos 66 millions d’habitants. Avec Jean-Pierre Chevènement et sur notre site republiquemoderne.fr, nous faisons un appel à une nouvelle conférence refondatrice de l’Europe, à un nouveau traité avec des bases nouvelles et démocratiques. L’Europe a organisé sa non-démocratie, sa non-prospérité et sa non-indépendance en tant que continent. Nous devons revoir le projet européen de manière constructive, l’Europe serait une belle idée si nous pouvions la refaire. Le temps est fini des petits ravaudages et des « la France va peser en restreignant la dépense publique », ce qui l’empêche d’ailleurs d’être performante. Tout cela est fini et les Français l’ont compris.
 
Sur les relations Europe-Chine
 
Puisque que nous parlons de la Chine, je tiens à dire qu’il y a un profond manque d’intérêt du continent européen pour le projet de la Route de la soie, projet à 8 000 milliards de dollar tout de même, avec un port au Pakistan, des fonds souverains qui vont sillonner avec des TGV l’Europe du Nord jusqu’au port du Pirée pour arroser l’ensemble de l’Europe. Ce qui me navre c’est l’absence d’une grande vision d’avenir sur le continent européen, là où les Chinois cherchent des coopérations, là où ils font même une grande voie ferrée Dakar-Djibouti, ils ne trouvent personne en face d’eux si ce n’est Monsieur Juncker disant « Je vais peut-être mettre quelques milliards sur la table » qui par le miracle des petits pains se multiplieront par dix.

A propos du Plan Juncker
 
Le plan Juncker vient du fait qu’il y a eu une certaine prise de conscience des dirigeants européens, y compris Monsieur Juncker, qui revient de très loin sur ce plan-là et je ne parle pas de son ancien rôle comme Premier ministre d’un pays qui était un paradis fiscal. Il manque encore à l’Europe, vis-à-vis de la Chine et en lien avec elle, une grande vision de l’avenir. Il manque une Europe indépendante, une Europe européenne dont parlait le général De Gaulle, l’Europe est aujourd’hui largement vassalisée par les Etats-Unis et surtout par les marchés financiers.
 
Si on regarde les choses avec un peu d’objectivité, qui peut nier la montée de ce qu’on appelle le sentiment populiste et qui peut nier la responsabilité considérable des grands partis de gouvernement ? Qui peut nier le fait qu’on a laissé s’installer, avec la complicité et la volonté de plus en plus affichée de nos gouvernants, une Europe qui est entièrement guidée par le marché et l’idéologie libérale.
 
Ce que je veux dire au final, c’est qu’entre le « tout démolition » et le tout maintien avec des petites améliorations, il y a la reconstruction, sensée, réfléchie, sur des bases véritables de démocratie et d’indépendance. Tout cela veut dire qu’il faut un nouveau traité.