Marie-Françoise Bechtel, Députée de la 4e circonscription de l'Aisne
Envoyer à un ami
Version imprimable

Positions

Des réformes et pas de projet ?

Mardi 8 Mai 2018



Le précédent quinquennat a souffert de vouloir imposer un train de réformes mal acceptées. Or elles ont été nombreuses : en matière économique et fiscale, en matière sociétale, en ce qui concerne la décentralisation, le droit du travail… De sorte que le président Hollande serait fondé à dire – il le dit d’ailleurs- que nombre de réformes importantes ont été menées par lui.
Il serait pourtant mal venu de s’en féliciter précisément parce que ces réformes, trop souvent à marche forcée, n’ont pas rencontré de consensus suffisant. Une vraie concertation aurait probablement d’ailleurs montré qu’elles étaient non seulement mal ficelées mais surtout mal adaptées aux besoins de notre pays : je pense -mais la liste ne s’arrête pas là- au CICE, bonne idée de départ(1) qui fut mise en œuvre sur un coin de table, sans réflexion ni objectif bien précis et sans la moindre écoute des parlementaires, ou encore aux lois de décentralisation , y compris le redécoupage de la France en grandes régions aux contours plus qu’arbitraires Cette réforme entre toutes aurait demandé une consultation très large voire un referendum. Menée tambour battant, elle s’est caractérisé par un grand arbitraire -je songe au rattachement de la Picardie au Nord, à l’agrandissement démesuré de la région Aquitaine ou d’Auvergne -Rhône -Alpes, contrastant avec le surplace de Pays de Loire. Et cette grande bousculade pourquoi ? On sait aujourd’hui que, comme certains d’entre nous l’avait dit à la tribune, cette réforme loin d ‘être source d’économies est coûteuse, tout en se traduisant -c’est un comble- par un éloignement de plus en plus marqué des services de l’Etat pour la population. Je ne veux ici ni être injuste ni multiplier les exemples. Mais je pense plus que jamais qu’aucune vision de l’intérêt réel du pays ne présidait à la plupart de ces réformes et c’est bien ainsi que l’électorat les a reçues.

Aujourd’hui, on parle plus que jamais de réformes. Le changement d’ambiance politique le masque pour partie mais je relève que nombre d’entre elles procèdent du même état d’esprit qui, simplement, est explicité avec moins de complexes: la France devrait se moderniser et le faire par un train de mesures, notamment économiques et fiscales, ne demandant pas d’autre consultation que l’habituel tour de piste interne à l’appareil d’Etat où domine plus que jamais la main de fer de Bercy. Je ne vois dans cet ensemble aucune grande perspective. Une petite musique insistante, certes les accompagne : la France doit redevenir crédible, elle doit attirer les investissements étrangers, elle doit sortir du marasme où la plongerait une économie manquant de performances et de modernité. Affichage explicite de ce qui hier était suggéré plutôt que dit…

En réalité la vraie différence avec le quinquennat Hollande est que les réformes économiques et fiscales sont plus brutales : le gouvernement d’E Macron renonce à l’équilibrisme de ses prédécesseurs : un coup de réforme libérale, un coup de pouce social, équilibrisme qui n’avait aucune chance de trouver son axe dans une ambiance de déficit budgétaire perçu comme le nœud de tous les choix. De ce point de vue, la logique en est plus grande. Une autre différence avec le quinquennat précédent est que l’exécutif évite les réformes sociétales à grand bruit et, sur ce plan, tente d’avancer plus en phase avec l’opinion. Pas toujours cependant comme le montre la réforme judiciaire en cours ou le bouleversement de l’organisation du Parlement avec la peu utile réforme constitutionnelle en cours.
Au total le « réformisme » macronien tranche sur le « réformisme » hollandais par le choix d’axes prioritaires (économiques on l’a vu) et par la netteté, d’aucuns diraient le tranchant avec lequel les réformes sont imposées. L’objectivité oblige à dire que parfois le volontarisme est plus net et le discernement plus grand : je pense à la réforme de l’école qui a su trouver la bonne inspiration ou à la volonté du Président de renouer avec un service national obligatoire, grande idée dont on peut seulement craindre que la mise en œuvre ne soit un peu courte pour des raisons budgétaires.
 
Car, et c’est là que le rapprochement des deux quinquennats s’impose à nouveau comme une évidence : nos gouvernements restent aujourd’hui comme hier marqués par la recherche d’une respectabilité passant par la reddition sans condition aux contraintes européennes. C’est au nom de la règle des 3% de déficit budgétaire que le Président actuel comme son prédécesseur impose des « réformes » qui coûtent aux Français , notamment les plus modestes, aux services publics qui sont pourtant notre ADN -la très mal venue réforme de la SNCF le montre- et globalement à la collectivité nationale – par ex à notre capacité de recherche ou à l’université de demain.
 
Dommage… Quitte à changer de langage, à afficher une détermination allant parfois jusqu’à l’entêtement, pourquoi ne pas mettre cette hardiesse nouvelle au profit d’un véritable projet pour la France ? Un projet de redressement qui ne serait pas l’éternel alignement sur les modes libérales (qui passeront comme l’exemple britannique ou canadien l’ont montré en certains domaines (2) mais qui aurait la hardiesse de proposer un modèle rénové de nos services publics, de notre protection sociale, en même temps qu’un redressement de notre économie par des investissements massifs partout où c’est nécessaire : industries nouvelles, numérique, infrastructures, recherche, Université. Jamais la conjoncture politique n’aura été aussi favorable à ce cap nouveau. Dans une Europe en proie aux incertitudes, rongée de toutes parts par la contestation électorale, avec une Allemagne dont le modèle est en train de s’épuiser, que ne pourrait imposer une France sûre d’elle-même ! Les institutions de la 5° République étaient faites pour un Président montrant les grands objectifs : à ce jour elles l’attendent encore…
 
(1) Rappelons que le rapport Gallois qui avait proposé le CICE comme crédit d’impôt pour les seules entreprises exposées à la concurrence internationale s’est trouvé dévié de son sens en s’appliquant à la totalité des entreprises du secteur industriel comme des services et que son effet a donc été très marginal
(2) Au Royaume-Uni par la faillite du système de santé et les graves déficiences de chemins de fer privatisés, au Canada, par les scandales qui ont émaillé les marchés privatisés des collectivités locales






Inscrivez-vous à ma lettre d'information



Partagez mon site

Facebook
Twitter
Rss







@MFBechtel
MF Bechtel : Immoralité internationale : les morts de GAZA seront un jour notre tribunal dans l’histoire Mon nouveau billet es… https://t.co/XjH0Sj6JZd
MF Bechtel : « Une autre Europe est possible » : le modèle facho libéral est avancé. À lire sur @MarianneleMag https://t.co/qHHHJacHs8
MF Bechtel : RT @RepubliqueMod: Ce soir à #Dunkerque avec @MFBechtel, @ClaudeNicolet et Daniel Percheron. Gauche, état des lieux. https://t.co/U3ZH0UmGMc