Marie-Françoise Bechtel, Députée de la 4e circonscription de l'Aisne

C’est le moins que l’on puisse dire. Le renoncement du Président de la République, le départ et la candidature du Premier ministre, son remplacement à Matignon, l’accélération du rythme des primaires à gauche, la stabilisation apparente à droite, tout cela offre-t-il vraiment des perspectives nouvelles au pays ?

En apparence, le changement crée toujours une forme d’attente, voire des espoirs. Qu’en est-il dans la réalité ? Le désordre à gauche n’est pas fini ; on peut même dire que la candidature de Manuel Valls redouble l’offre politique d’Emmanuel Macron, au-delà des différences de style. La différence est que l’une s’inscrit dans le cadre des partis et l’autre en dehors. Leurs challengers sont toujours là et ils demeureront probablement jusqu’à fin janvier (primaires de la gauche). Le clivage entre la gauche sociale libérale ou le centrisme façon Macron -qui revient à peu près au même-, la gauche européiste et sociétale façon Hamon ou la gauche républicaine et volontariste de Montebourg n’a probablement pas vocation à s’estomper, bien au contraire. Enfin, l’ « insoumission » défendue par Mélenchon et soutenue plus ou moins du bout des lèvres par le Parti communiste, s’ajoute à l’offre d’un Parti socialiste fracturé. Cet éclatement ouvre certainement une perspective historique pour la reconstruction à terme d’un mouvement progressiste dans notre pays car la position des électeurs clarifiera tout de même les rapports de force. A l’inverse, elle ne permet pas dans l’immédiat d’espérer une victoire d’une de ces gauches à l’élection présidentielle.

François Hollande fait une sortie qui appelle le respect. Son refus de poser la question de l'Europe aura été à l'origine de son échec majeur, celui de la réduction du chômage. Ce renoncement apparu dès son adhésion au traité d'austérité (TSCG) fut l'erreur fondatrice de son quinquennat. Il lui a lié les mains dans la conduite d'une politique économique et donc sociale dynamique.
 
Ce renoncement vis-à-vis des exigences de Mme Merkel contraste curieusement avec le volontarisme  qu'il a su montrer pour relever le défi sécuritaire posé par le terrorisme.
 
Son quinquennat aura dessiné en creux le besoin qui est le nôtre d'un homme d'Etat capable de vouloir le redressement de la France par le rassemblement et non la division avec une vision de l'avenir de notre pays inséparable d'une Europe à reconstruire.
 
 

De la primaire…
Je tire du premier tour de la primaire de la droite et du centre qui s’est déroulé hier au moins une conclusion. C’est que l’intérêt de nos compatriotes pour la chose politique est réelle, vivante, pour ne pas dire frémissante, en contraste avec l’indifférence, voire le rejet du corps politique qu’on leur attribue souvent. Il me semble que les Français -fût-ce une fraction d’entre eux- demandent qu’on leur parle de politique. Ainsi s’interprète sans doute le résultat de ce premier tour, opposant finalement deux duellistes qui se parlaient l’un à l’autre et par ailleurs un candidat quant à lui s’adressait directement à l’électorat.

Positions


Mercredi 9 Novembre 2016


Il faudra que les excès de la mondialisation aient été bien loin pour qu’un peuple aussi peu porté à la radicalité que le peuple américain ait envoyé promener ses élites, se servant de Donald Trump comme le déversoir d’un désarroi et d’une colère que leurs gouvernants n’avaient su pressentir et encore moins prévenir.
 
Pourtant tout le monde le voit aujourd’hui, la mondialisation guidée par l’avidité toujours plus grande de la finance a conduit à de profonds déséquilibres,  recréant une économie de la rente qui a bénéficié aux classes moyennes des pays émergents et appauvri largement les classes populaires des pays développés en creusant des inégalités de plus en plus insupportables.

Calais : une action responsable et qu’il faut saluer

A l’heure où l’Aisne accueille une centaine des 6000 migrants de Calais*, J’ai souligné ce matin lors de l’examen du budget « Asile, immigration, intégration » du ministère de l’Intérieur le mérite de cette opération de démantèlement de la « jungle ». Aucun Etat digne de ce nom ne peut laisser subsister une telle situation, avec les désordres créés par ce qui a été longtemps un ensemble de campements dans la boue, infiltré par les passeurs et ne garantissant ni la sécurité des réfugiés s’y entassant, ni celle des riverains, légitimement exaspérés par cet état de fait.

La « jungle » est une longue histoire qui a débuté il y a près de 20 ans, créant un cul de sac à la fois géographique, social et même juridique puisque le déplacement de la frontière britannique à Calais par les accords du Touquet en 2003 n’a en rien réglé le problème, bien au contraire. En prenant à bras le corps l’évacuation et le relogement dans des conditions à la fois fermes et dignes des occupants de la « jungle », le gouvernement s’est honoré d’autant que la conduite de l’opération, qui n’est pas terminée, est extrêmement difficile. La seule solution possible était celle qui a été retenue : répartition des migrants dans des centres d’accueil disséminés sur l’ensemble du territoire et en même temps, négociation avec les autorités britanniques pour que le Royaume Uni accueille -enfin- les mineurs isolés : 200 l’ont été à ce jour.

Je m’étonne donc du comportement peu responsable et peu honorable de certains élus locaux ainsi que d’un président de Région, Laurent Wauquiez, qui refusent l’accueil de quelques poignées de réfugiés. Ils manifestent par là une véritable absence de sens moral. Ces responsables auraient-ils oublié que l’accueil des populations déplacées du fait des guerres est une tradition dont notre propre population, notamment pendant la Grande guerre, a elle-même bénéficié ? Et comptent-ils pour rien le fait que les guerres qui ont déplacé des vagues de Syriens, Libyens, Irakiens et Afghans trouvent leur source dans les politiques désastreuses menées par les pays occidentaux, d’abord les Etats-Unis avec G. Bush puis hélas par la France en Libye et en Syrie, politiques qu’ils ont eux-mêmes approuvées** ?

Je m’étonne que, dans le cadre de la campagne présidentielle montante, la « manif pour tous » vienne encore battre le pavé et solliciter les candidats pour une prise de position contre la réforme dite « du mariage pour tous ». Pour ma part je n’avais pas voté cette loi. Par mon abstention, je m’étais tenue à distance à la fois des déferlements de hargne et parfois de sottise venant des mouvements d’opposition et de la glorification à la fois naïve et imprudente d’une partie de la gauche quant à une réforme à vrai dire assez mal pensée*.
Je le redis aujourd’hui : ce n’est pas une raison pour considérer, que l’on soit pour ou contre, que cette réforme sociétale est d’une importance cardinale pour notre avenir.

A l’heure où les attentats ont créé un effet de « sidération » décrit par Jean-Pierre Chevènement comme un problème venant de loin et qui pose la question de l’intégration**, à l’heure où jamais la question du décollage économique de notre pays, de l’emploi, de la reconstitution de l’ascenseur social n’a été aussi cruciale, faut-il vraiment inventer une énième guerre civile entre partisans ou adversaires des réformes sociétales ?

Aligner la retraite du public sur celle du privé : la Cour des comptes vient, dans un rapport, de mettre les points sur les i. La Cour souligne tout d’abord que l’âge moyen de départ des fonctionnaires n’est plus inférieur à ceux du salarié du privé (autour de 62,5 ans dans le public contre 62,3 pour le privé). Par ailleurs, aligner le calcul de la retraite qui aujourd’hui se fait sur des bases différentes (sur les 25 meilleures années pour le privé et les 6 derniers mois pour le public) conduirait à appliquer les mêmes taux de cotisation pour le public et le privé alors que ceux-ci sont beaucoup plus élevés dans le public. Certes cela se traduirait par une économie de l’Etat employeur mais les retraites à payer seraient toujours aussi coûteuses. Quant à appliquer ces nouvelles règles uniquement aux nouveaux fonctionnaires comme le propose Alain Juppé, cela donnerait une réforme à très long terme puisque les économies pour les finances publiques n’atteindraient leur plein régime que dans 70 ans. Ce rapport montre que les idées faciles qui trouvent un écho –compréhensible- auprès de nos concitoyens ne sont pas forcément les meilleures.

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