Marie-Françoise Bechtel, Députée de la 4e circonscription de l'Aisne
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Positions

Collectivités territoriales : avis de tempête ?

Lundi 16 Octobre 2017



Point besoin d’avoir une mémoire d’éléphant pour se remémorer les difficultés qui ont marqué les relations entre Etat et collectivités territoriales ces dernières années. Rituellement, depuis maintenant cinq ans, les élus locaux dénoncent les restrictions imposées par le budget de l’Etat au titre de leur participation à la réduction de la dépense publique. La levée de boucliers des Régions de France, qui ont quitté la Conférence nationale des territoires, celle des départements de France, demain peut-être de l’AMF, n’est donc pas vraiment neuve. Elle se charge plutôt de la rancœur politique de ceux qui ont été écartés du pouvoir alors qu’ils le pensaient à portée de main. Ainsi M Baroin, à la tête des communes de France se met volontiers aussi à la tête des frondeurs, après avoir offert ses services -entre autres- à François Fillon qui prévoyait une réduction de 100 mds d’euros de la dépense publique : on a peine à croire que les collectivités locales auraient été laissées à côté d’un pareil effort. Mais il y a plus : les dirigeants des grandes associations d’élus sont ceux-là même qui se rangent depuis de longues années du côté de l’effort budgétaire pur et dur, sans cadrage économique et sans perspectives de relance autre que par l’austérité. Ce modèle qui a fait ses preuves (négatives), on pourrait reprocher au gouvernement actuel de le suivre, comme l’ont fait à tort ces cinq dernières années les gouvernements de François Hollande. Comment peut-on être assez aveugle pour tenter de limiter les dépenses d’investissement des collectivités locales alors que l’on a besoin de consolider le début de reprise dans le BTP dont elles sont les principales commanditaires ? C’est le même raisonnement que pour la flexibilisation de l’emploi par les ordonnances que vient de prendre le gouvernement : donner de la souplesse pour développer l’emploi, au moment même où on renonce à investir dans le pays (et en Europe), se fiant sans aucune garantie à l’allégement de la fiscalité sur le capital.
 

Il y a bien pourtant un risque majeur qui pèse aujourd’hui sur les territoires locaux. Là aussi le diagnostic est pourtant bien connu : c’est celui de la relégation de territoires mal équipés, mal reliés aux centres urbains, abandonnés par les services publics et souvent très éloignés de cet égal accès aux soins pour tous qui est pourtant inscrit dans la loi. Je vois que là encore on se prépare à des mesures d’apparence volontariste avec annonce de la multiplication des maisons de santé (certes mais pour quand ? Avec quelle organisation de la mobilité pour les patients éloignés ou en difficulté ?). Le gouvernement met aussi sa foi dans la « modernisation » c’est-à-dire la télémédecine qui n’est pas à négliger mais reste un horizon lointain… et peu adapté aux 500 communes en zone blanche. Vouloir reconstituer des services publics dignes de ce nom, seul moyen de répondre à l’exaspération de populations délaissées demanderait de l’invention (par exemple des agents publics polyvalents, une organisation de la mobilité, une certaine planification territoriale) mais aussi des choix de dépense publique, bien ciblés et guidés par le principe d’égalité.
La réforme territoriale voulue par le précédent quinquennat était à la fois inutile et coûteuse (voici que les premiers bilans montrent ô surprise un accroissement des coûts). Surtout, elle a engagé un mouvement de siphonnage des territoires vers la métropolisation qui a aggravé encore la relégation. Là encore, plutôt qu’une remise en question des erreurs du quinquennat précédent -après tout le renouvellement politique est fait pour cela- on sent plutôt la persévérance dans l’erreur de diagnostic.
 
Derrière tous ces grands choix publics partagés par la gauche et la droite de gouvernement avec quelques bémols et -mais est-ce vraiment un paradoxe ?- renforcés encore par la République En Marche, on sent une absence de réflexion sur le long ou même le moyen terme, une contemplation nombriliste de la proclamation de modernité qui me rappellent irrésistiblement le quinquennat précédent avec seulement un discours un peu différent.
Ce n’est donc pas tellement la tempête politique soulevée par des dirigeants de l’opposition en quête de voix pour les futures élections locales et sénatoriales, qui est vraiment significative. Ni même le fait que des élus de tout bord se sentent près de la fronde car la plupart ne sont pas prêts à remettre en question des réformes qui ont aggravé le mal. Ce sont les faits eux-mêmes. C’est le renforcement d’une relégation dont le sentiment a mené les électeurs où l’on sait. A-t-on si vite oublié dans ce pays la commotion politique que fut le premier tour de l’élection présidentielle ?
 


Ce billet est aussi pour moi l’occasion de rendre hommage à Nadine Joré maire de Beautor, décédée il y a quelques jours durant son mandat. C’était une femme attachée au bien public en dépit de toutes les difficultés économiques qui ont assailli sa commune. Elle ne cherchait qu’à servir et elle a mis tout son dévouement à cette tâche : la foule nombreuse qui est venue lui rendre hommage le jour de ses funérailles en est le témoignage. Pour ma part je n’oublierai pas l’exemple de civisme qu’elle a donné






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